02/12/2015

«S’il y a des gens qui pensent que parler un peu de lingala et avoir une apparence robuste suffit pour être policier, ils se trompent. L’actuelle Police exige plus la tête que les muscles. C’est-à-dire pour bien raisonner et faire son travail, il faut avoir étudié», explique général Vital Awashango, commissaire provincial au Nord-Kivu de la PNC (Police nationale congolaise). Il encourage ainsi des policiers et des militaires, qui depuis un certain temps, retournent aux études.

Plusieurs policiers et militaires qui retournent à l’école indiquent qu’ils avaient abandonné les études pour des raisons financières. «Juste après la sixième année secondaire, je n’ai pas pu poursuivre avec des études universitaires par manque d’argent. Je me suis enrôlé dans la police car en cette période il y avait offre de recrutement. Quelques temps après je me suis rendu compte que sans des études supérieures j’ai du mal à exécuter certaines tâches. C’est ainsi que je me suis réinscrit à l’université», explique un officier de la police qui a voulu rester anonyme et qui fréquente cette année la deuxième année en droit public.

Chaque jour dès 13 heures, il ôte sa tenue de policier, s’habille en civile ordinaire, prend son cartable et se rend au cours. «Nous préférons nous inscrire dans des universités qui fonctionnent les après-midis. Car nos chefs hiérarchiques nous autorisent d’être au service les avant-midi pour être au cours les après-midi», renseigne le lieutenant Kazingufu Eliphaze, un militaire de FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo), qui vient de défendre son travail de fin de cycle de graduat à l’UOR (Université officielle de Ruwenzori).

Studenten im Hörsaal
Dans l'auditoire

Encourageant mais pas facile

Selon le colonel Richard Mbambi Kingana, commandant de la police en ville de Butembo (à environs 300 Km au Nord de Goma) chaque policier étudie à ses frais. Ce qui n’est pas facile pour ces agents de l’ordre qui ont des familles à nourrir et à scolariser et dont le salaire est insuffisant et irrégulier. «C’est pas que nous gagnons assez d’argent pour parvenir à payer nos frais académiques. Seulement nous consentons certains sacrifices. La plupart des gens négligent les policiers parce qu’ils les prennent tous pour des illettrés. Il faut que cela change…», réagit le policier Amza étudiant à l’UNIC (Université du CEPROMAD).

S’ils ont repris les études, ces policiers sont confrontés à des problèmes multiples non seulement au niveau de l’école mais aussi dans leur foyer. Il s’agit entre autres de la concentration aigüe pour mémoriser la matière suite au poids de l’âge et la charge quotidienne au service. «Les études sont importantes car elles accroissent la capacité intellectuelle et permettent d’acquérir d’autres connaissances. Il faut seulement savoir se sacrifier», assure Kasoki Kawaida, agent de la PSPEF (Police spéciale pour la protection de l’enfant et de l’enfance). Aujourd’hui, elle est en L1 en communication des organisations à l’université officielle de Ruwenzori.

Un OPJ (Officier de police judiciaire), étudiant en faculté de droit public indique qu’il doit verbaliser les gens en établissant les PV et poser des actes judiciaires. «Comment quelqu’un qui n’a pas étudié peut-il être en mesure de le faire ?», interroge-t-il. Même son de cloche pour le Major Christopher. «La police est un métier un peu pluridisciplinaire, nous avons besoin de plusieurs compétences pour bien sécuriser la population et ses biens. Car on ne saurait maîtriser un bandit qui possède des connaissances qu’on n’a pas», affirme-t-il. Il poursuit que les animateurs des différentes branches doivent avoir été dotés de capacités intellectuelles pouvant leur permettre de comprendre les actes qu’ils posent.

Disciplinés et assidus

D’autres par contre retournent aux études pour sauvegarder leurs grades. «Tous les officiers sont des intellectuels détenteurs des gros diplômes universitaires. Je sais qu’avec mon petit diplôme d’Etat je n’irai nulle part. Je me suis engagé ainsi dans les études espérant pouvoir ainsi mériter mes grades un jour», avoue un policier anonyme. Selon Mbambu Munduwandi, assistante à l’UOR, des policiers et militaires participent à toutes les activités estudiantines : travaux pratiques, interrogations, examens… « A l’auditoire, ils sont calmes, travaillent bien et remettent les travaux pratiques à temps. Saufs qu’ils peuvent connaître certaines irrégularités quand ils sont appelés d’urgence au service, mais ce ne sont pas de cas réguliers», témoigne-t-elle. Rencontrés dans diverses institutions supérieures et universitaires, ces agents de l’ordre estiment que ceux qui traînent encore à la maison n’ont plus de raison d’y rester.