01/07/2015

C’est d’ailleurs les manifestants qui souffrent en battant le macadam, en inhalant les gaz lacrymogènes. Parfois ils n’ont que leur poitrine pour amortir les balles assassines de ces tripatouilleurs invétérés. C’est avec la main sur le cœur, devant la nation toute entière et en prenant l’opinion internationale en témoin qu’on voit jurer les dirigeants africains à leur investiture avec comme mot d’ordre, le respect de la constitution et la protection du peuple, mais hélas. Aussitôt installés aussitôt ils mettent leurs appareils répressifs en place comme s’il s’agissait d’animaux sauvages à apprivoiser.

Déverrouiller le nombre de mandats en Afrique, pourtant cadenassé devient un simple geste comme celui consistant à ouvrir la porte d’une maison. Torpiller les textes sous nos tropiques est sans doute le sport favori des gouvernants africains. Où est passée donc la sacralité de la constitution ? Et la parole donnée, elle aussi a-t-elle perdu son sens d’antan ?

Quand les présidents refusent d’apprendre la leçon

Malgré les conséquences visibles que la course au « lenga » (bonus) présidentiel peut engendrer, les chefs d’États Africains, comme aveuglés par les délices du pouvoir s’entêtent et foncent droit au mur. « Tandja va droit au mur », avait laissé entendre à l’époque le patron de Kosyam, Blaise Compaoré. Et cela s’est confirmé. Le paradoxe c’est que le donneur de leçon n’avait pas bien appris lui-même sa petite leçon sur l’article 37. De stratagème en stratagème il a voulu à tous prix modifier la constitution qui devrait lui ouvrir à nouveau la porte de Kosyam. Mais dans son cas, lui aussi, heureusement pour le peuple Burkinabè, a été emporté à son tour par la bourrasque populaire qui s’est déclenchée les 30 et 31 octobre 2014. Bien avant Blaise Compaoré, le printemps arabe a emporté les dictateurs les plus redoutables du Maghreb installés à la tête de leurs États depuis des décennies : Moubarak  de 1981 à 2011 soit 31 ans au pouvoir en Egypte,  Ben Ali de 1987 à 2011 à la tête de la Tunisie …

Le nouvel ordre est une équation irréversible

Aujourd’hui ce violent vent de changement frappe à la porte du Burundi et par ricochet à toute l’Afrique centrale. Le peuple Burundais, assoiffé d’alternance a préféré, comme le peuple Burkinabè mourir en martyr plutôt que de voir sa constitution torpillée. « Mourir pour sauver la constitution », tel est le credo imposé par le nouvel ordre qui se caractérise par la prise du destin en main par la population elle-même. Les Organisations de la société civile (OSC) ont récupéré la lutte, autrefois la chasse gardée de l’opposition. La machine revendicative installée par les OSC est bien partie et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Avec l’imbroglio qui règne au bord du lac Tanganyika, il est difficile de dire que Nkurunziza partira ou ne partira pas, mais ce vent de changement a fini par emporter les autres. Comparaison n’est pas raison et mieux, la politique n’est pas une science exacte, mais il est évident que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mêmes circonstances. Pour preuve, lorsqu’on rappelait a Blaise le sort qui était réservé à Tandja (au pouvoir de 1999 à 2010) dans sa velléité de modifier la constitution, le président du Faso à l’époque avait rétorqué en ces termes : « le Burkina n’est pas le Niger ». Burkina n’est certes pas le Niger mais le moins que l’on puisse dire, c’est que Tandja et Blaise sont sortis par la même porte : destin fatal commun.

Le prix de la prolongation des mandats

En plus d’un mois de contestation, on compte près d’une trentaine de morts au Burundi. Le Burkina en avait pareil en deux jours de contestation. Le printemps arabe a atteint le seuil de centaines de morts. A ce triste et cynisme tableau s’ajoutent des blessés, des réfugiés, des déplacés massifs, des sans-abris, etc. Même si on y ajoute la liste des orphelins, des veuves et des veufs, la liste est loin d’être exhaustive. Voilà où nous mènent immanquablement ces mandats, ces « lenga » (bonus) présidentiels à durée indéterminée. Quel sort le lendemain réserve aux États Africains, car nombreux d’entre eux ont une situation volatile. En d’autres termes après Blaise, quid de Denis Sassou Nguessou du Congo Brazza (1979 à 1992 et 1997 à nos jours), de Kabila de la RDC (depuis le 16 janvier 2001), de Paul Kagamé du Rwanda (le 17 avril 2000 à nos jours) succédera-t-il à Nkurunziza ? On espère que par le virus de la sagesse, Paul Biya, 33 ans à la tête du Cameroun, partira sans effusion de sang du peuple Camerounais. Que les aventuriers à la prolongation de mandats sachent que ce qui se passe ailleurs n’arrivent pas qu’aux autres.

Première publication: Tripatouilleurs de constitutions en Afrique : Au suivant !